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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


Attentats de Bruxelles : Les leçons d'Israël

Publié par Frédérique Schillo sur 11 Août 2016, 20:34pm

Catégories : #Articles

Attentats de Bruxelles : Les leçons d'Israël

Très émus par les attentats de Bruxelles, les Israéliens ont exprimé leur solidarité avec les Belges, même si certains n’ont pu s’empêcher de leur donner des leçons concernant le conflit israélo-palestinien. Si les Belges ont à apprendre d’Israël, ce serait en matière de lutte antiterroriste, notamment dans les aéroports et les transports où l’exemple israélien peut servir de modèle à tous les Européens.

Une vive émotion s’est emparée des Israéliens à l’annonce des attentats de Bruxelles, d’autant que ceux-ci survenaient quelques jours à peine après l’attentat sanglant d’Istanbul, dans lequel trois Israéliens avaient péri. Une idée fixe gagnait les esprits : personne n’est en sécurité nulle part, et surtout pas les Juifs. Le grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, n’a fait que confirmer cette impression en confiant son désarroi aux médias israéliens : « Nous sommes désorientés et nous ne savons pas où cela va nous mener ». A vrai dire, les Israéliens ont quelque idée du chemin que prend Bruxelles. Ils sont persuadés pour une grande majorité que l’Europe a laissé l’islamisme radical prospérer depuis des années. La Belgique est devenue pour les djihadistes le « ventre mou » de l’Occident, et Bruxelles en est le nombril.

Dès 2012, dans la série documentaire Allah Islam des Israéliens Zvika Yenezkeli et David Deri, diffusée sur la chaîne 10, Molenbeek faisait figure de ghetto salafiste, un « Etat moyen-oriental dans l’Etat ». Des jeunes radicalisés y appelaient à détruire la démocratie pour la remplacer par la Sharia face à un bourgmestre, Philippe Moureaux, totalement dépassé par la situation. Tournée en infiltration par un journaliste se faisant passer pour musulman, la série a été critiquée par la gauche israélienne pour son message apocalyptique : les Juifs sont indésirables dans une Europe au bord de la guerre civile. Une vision qui apparait pourtant prémonitoire à certains aujourd’hui, comme si Israël connaissait mieux que les autres la terreur qui allait frapper la Belgique. Comme s’il était le seul aussi à pouvoir y répondre. « S’il y a un peuple au monde qui sait ce qu’ils [les Belges] traversent, ce sont les citoyens d’Israël », a martelé le Premier ministre Benjamin

Netanyahou, avant d’offrir assistance à la Belgique dans la lutte contre le terrorisme. De son côté, le président Reuven Rivlin écrivait au roi Philippe pour l’assurer de son soutien : « Le terrorisme est du terrorisme, que ce soit à Bruxelles, Paris, Istanbul ou Jérusalem ». Dans les deux cas, la solidarité, bien réelle, le disputait à l’envie, toute politicienne, de mettre au même niveau les attentats de Daesh et l’« Intifada des couteaux » en Israël. Or les attaques palestiniennes ne sont pas inspirées de Daesh, ni même toujours motivées par l’islam radical. En outre, comment donner des leçons dans un pays où deux attaques ont lieu en moyenne par jour depuis octobre 2015 ? Le caricaturiste Guy Morad a bien saisi le paradoxe en publiant pour Pourim un dessin où l’on voit Netanyahou déguisé en Superman et son ministre de la Défense Boogy Yaalon, en costume de shérif, avec cette légende : « Que les Européens prennent exemple sur nous pour lutter contre le terrorisme ». Au loin, un policier et un civil israéliens tentent de neutraliser un Palestinien qui s’apprête à poignarder un homme.

Donneurs de leçons

L’émotion à peine dissipée, les donneurs de leçons n’ont pas manqué en Israël, reprochant à Bruxelles d’une part son aveuglement coupable face au djihadisme et de l’autre, en tant que capitale de l’Union européenne, sa position sur le conflit israélo-palestinien. Ofir Akounis, le ministre des Sciences, de la Technologie et de l’Espace, a fait la synthèse des deux en écrivant sur Facebook que Bruxelles voyait croître devant ses yeux des cellules terroristes, mais préférait « s’adonner à la folie qui consistait à condamner Israël, à étiqueter ses produits, et à le boycotter ». Désavoué par Netanyahou, Akounis a essuyé de vives critiques : « Ca suffit ! D’où vient ce cynisme méprisable ? », lui a répondu le président de l’Union sioniste Yitzhak Herzog, « ensemble, sans condescendance nous devons nous unir contre le terrorisme ».

Cela n’a pas empêché le ministre des Transports Israël Katz de donner ce conseil ô combien judicieux aux Belges : « S’ils continuent à manger du chocolat, ils ne prendront pas conscience que certains musulmans dans leur pays organisent des actes terroristes et ils ne seront pas capables de les combattre ». Le ministre n’a fait en revanche aucun commentaire sur les frites et la bière. Plus sérieusement, Israël a bien des leçons à donner aux Belges, et des plus efficaces. Amos Harel, le journaliste de Haaretz spécialisé dans les affaires de Défense, a révélé au lendemain des attentats de Bruxelles que les services secrets belges étaient alertés d’une attaque imminente dans un aéroport ou une gare, planifiée par les membres de Daesh depuis leur capitale, Raqqa. Ces informations, ajoutées à la déclaration du président Erdogan sur le fait qu’un des terroristes de Bruxelles venait d’être extradé par la Turquie, ne sont pas étrangères à la décision des ministres Jan Jambon et Koen Geens de présenter leur démission au Premier ministre Charles Michel, qui les a refusées.

Surtout, Israël apparaît comme un modèle de la lutte antiterroriste dans le domaine des transports. Dès les premiers détournements d’avions dans les années 1970 et les attentats-suicides dans les bus israéliens vingt ans plus tard, Israël a développé la sécurité de ses aéroports et aérogares. L’aéroport de Tel-Aviv est aujourd’hui considéré comme l’un des plus sûrs au monde, avec une dizaine de niveaux de sécurité combinant le renseignement humain le plus performant à une technologie high-tech dernier cri (lire l’encadré). Si bien qu’aujourd’hui, il est « quasiment impossible que ce type d’attaque [à Bruxelles] survienne dans l’un des aéroports israéliens », a déclaré à la radio israélienne Pini Schiff, l’ancien chef de la sécurité de l’aéroport Ben-Gourion.

« Trois mesures que personne ne veut prendre »

Sécuriser les aéroports et les gares est la première leçon à retenir des attentats de Bruxelles, écrit le spécialiste du terrorisme Ronen Bergman, dans un article paru dans le Yediot Aharanoth sur les « Trois mesures que personne ne veut prendre ». Selon lui, il faut non seulement sécuriser l’embarquement dans l’avion, comme cela a été mis en place depuis les attentats du 11 Septembre, mais aussi élargir le périmètre de sécurité à l’extérieur des aéroports en prenant exemple sur Israël. Or de tels changements impliquent un effort politique et des moyens financiers considérables.

La deuxième leçon à tirer des attentats de Bruxelles est de s’adapter à la menace, insiste Bergman : face à des terroristes toujours plus créatifs dans l’horreur et bien coordonnés entre eux, il importe de miser sur le renseignement humain. La « couverture basique » faite par le Shin Beth, totale et de chaque instant, qui consiste à quadriller chaque rue, chaque maison palestinienne suspecte, peut servir de modèle aux Européens, à condition qu’ils acceptent des compromis avec les droits de l’Homme.

Pour en finir avec Daesh, Bergman propose enfin de lancer une opération au sol, limitée dans le temps, pour frapper les terroristes dans leurs bases en Syrie et en Irak. Voici trois leçons inspirées d’Israël, mais que personne n’osera appliquer, souligne-t-il. On pourrait ajouter que la question qui se pose désormais est la suivante : bien conscients de la menace, les Belges, et les Européens en général, sont-ils prêts à vivre comme des Israéliens ?

Frédérique Schillo

Publié dans Regards n°838 du Mardi 5 avril 2016.

http://www.cclj.be/actu/israel/attentats-bruxelles-lecons-israel

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