Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

VU D'ISRAEL

VU D'ISRAEL

Histoire et Prospective


Les matins de France Culture: de Gaza à Jérusalem, la guerre de l'archéologie

Publié par Frédérique Schillo sur 4 Avril 2025, 11:56am

Catégories : #Dans les médias

 

Millénaire, trois fois sainte, Jérusalem croule plus que jamais sous le poids de son passé. Dans cette “ville de la paix" historiquement disputée, l’archéologie est devenue une arme au service des passions identitaires et religieuses. Pourrait-elle aussi servir la paix ?

Avec
  • Frère Olivier-Thomas Venard, vice-directeur de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, directeur exécutif du programme de recherches La Bible en ses traditions
  • Frédérique Schillo, historienne, spécialiste d’Israël et des Relations internationales
 

Le Frère Olivier-Thomas Venard, professeur à l’école biblique de Jérusalem, directeur du programme de recherche La Bible en ses traditions qui publie Il nous reste la Foi (Grasset) et Frédérique Schillo, historienne, spécialiste d’Israël et des relations internationales qui publie Sous tes pierres, Jérusalem avec Marius Schattner (Plon) proposent une réflexion commune sur la recherche archéologique en Terre Sainte.

Israël, terre de sacralité disputée

Pour Frédérique Schillo : "Toucher à Jérusalem, c’est toucher au sacré, et donc évidemment aux passions identitaires. Jérusalem est à la matrice du conflit israélo-palestinien ; elle est une œuvre palimpseste, stratifiée, fragile. Fouiller, c’est toujours courir le risque de détruire." Cette sacralité a mené a des entreprises archéologiques variées et très nombreuses : "Depuis l’invasion de Jérusalem-Est par Israël, plus de 600 chantiers ont été ouverts. Beaucoup relèvent d’une archéologie de la foi, qui interroge la manière dont on a marqué les lieux de croyance dans la vieille ville. D’autres relèvent d’une archéologie de la preuve, où l’objectif est de faire émerger une origine sacrée exclusive à cette terre." Pour Olivier-Thomas Venard : "Jérusalem est un pôle de tension perpétuel. Le bruit du monde, même s’il a d’énormes conséquences à long terme, ne change pas la profondeur de cet espace si particulier" pour autant, la situation actuelle l'inquiète : "Je crois que, malheureusement, les intérêts multiples qui se saisissent de cette ville ne font qu’empirer un contexte déjà très tendu [...]. C’est une ville où rien ne reste dans le Livre."
Pour préserver cette ville, le frère dominicain préconise : "Face à cela, il s’agit de cultiver paisiblement la mémoire commune de toutes les populations qui habitent cette Terre sainte."

L'archéologie dans la guerre

Frédérique Schillo fait le constat des difficultés que rencontre la discipline archéologique dans ce contexte si particulier. L'historienne et spécialiste d'Israël s'explique longuement : "Les archéologues n’ont qu’une envie : fouiller et découvrir. Mais ils sont aujourd’hui soumis à des pressions multiples ; jamais la pression politique n’a été aussi intense sur la science de l’archéologie. Le messianisme israélien, même s’il ne représente pas la majorité, exerce une influence très forte sur les pratiques. Il y a depuis 1967 plus de 600 chantiers à Jérusalem-Est. Beaucoup relèvent d’une archéologie de la foi, qui s’intéresse à la manière dont les lieux de croyance ont été marqués dans la vieille ville, et d’une archéologie de la preuve, qui vise à démontrer une origine sacrée et une exclusivité sur la terre. [...] Le récit de chaque acteur du conflit repose sur un droit exclusif au passé, sur l’appropriation de l’histoire. Pourtant, de nombreux moments de porosité entre les cultures ont existé. Dans une synagogue retrouvée, on a identifié des symboles païens grecs ; l’iconoclasme issu de l’islam n’était pas encore en vigueur. À Gaza, dans les années 1990, de nombreuses fouilles ont été menées. La toute première cité de Gaza, qui remontait à l’âge du bronze, a été rasée par le Hamas. Les sites préislamiques sont aujourd’hui peu considérés par les autorités politiques gazaouies."

Olivier-Thomas Venard partage ces préoccupations, mais se veut volontariste et pense que c'est de la curiosité intellectuelle que viendra une partie de l'apaisement espéré au Proche-Orient. L'homme d'Église précise : "On voit bien, et c’est aussi une leçon de sagesse, qu’il faut tout relativiser dans les résultats trouvés. On travaille dans un contexte difficile, mais il faut continuer à défendre une archéologie éclectique et ouverte. [...] L’entrée à Gaza n’est pas libre, mais dans les années 1920, des archéologues ont pu y exécuter des fouilles. Le monastère de Saint-Hilarion a été redécouvert. À partir de 2017, une association a permis de former une quarantaine de jeunes Gazaouis au travail de restauration. Depuis, ils se mobilisent pour maintenir en place ces lieux.
Aujourd’hui, à cause du conflit, de nombreuses universités n’envoient plus de chercheurs ni d’étudiants. Les vols sont annulés. Pourtant, c’est plus que jamais le moment de valoriser cette façon de faire de l’archéologie, une archéologie capable de contribuer à un peu de raison, et peut-être à un peu de paix."

 

Frédérique Schillo,
@FredSchillo

 https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/france-culture-va-plus-loin-l-invite-e-des-matins/de-gaza-a-jerusalem-la-guerre-sainte-de-l-archeologie-1973122

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents