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VU D'ISRAEL

VU D'ISRAEL

Histoire et Prospective


L'interview

Publié par Frédérique Schillo sur 26 Août 2012, 15:38pm

Catégories : #Livres

A propos de la publication du livre " La Politique française à l’égard d’Israël, 1946-1959 " chez André Versaille éditeur.

- Quels éclairages nouveaux apportez-vous à cette période ?

- D’abord un renouvellement des connaissances, grâce à l’utilisation d’archives françaises et israéliennes inédites. Elles révèlent des aspects méconnus comme la position du Quai d’Orsay à l’égard de l’État juif, le rapprochement militaire à la veille de la crise de Suez ou encore la coopération nucléaire. C’est ensuite le premier essai d’histoire globale incluant l’ensemble des relations bilatérales – politiques, diplomatiques, militaires, mais aussi culturelles et scientifiques – en les replaçant dans leur dimension régionale et internationale. Plus encore, je montre qu’Israël et la question de Palestine touchent au cœur de l’identité française et provoquent des tensions entre trois identités nationales : la Fille aînée de l’Église, préoccupée du sort des Lieux saints et des minorités chrétiennes d’Orient ; la Puissance méditerranéenne, attachée au Levant, perçu comme une extension de l’Afrique du Nord ; la figure humaniste et résistante, émancipatrice des Juifs et garante des Droits de l’homme.

- Pourquoi une analyse si fine des caractères ?

- Le rôle des hommes est capital dans les relations franco-israéliennes. L’Affaire de l’Exodus n’aurait pas eu lieu sans les réseaux philosionistes établis dans l’entourage de Léon Blum, au gouvernement et jusque sur le terrain. Le rapprochement militaire des années 50 a été rendu possible grâce à l’audace de quelques-uns : Shimon Peres et Moshe Dayan, Maurice Bourgès-Maunoury et Abel Thomas. Ces hommes bercés des mêmes valeurs se sont activés pour contourner la ligne officielle française. D’une manière générale, on ne peut comprendre le processus de décision sans analyser le tempérament des décideurs. Cela est d’autant plus vrai s’agissant de David Ben-Gourion et Charles de Gaulle, qui sont des hommes d’État capables de choix injustes ou impopulaires. Dans le cas du Général, sa volonté de mettre fin aux relations privilégiées avec Israël s’explique tant par sa politique de Grandeur que son incompréhension du fait sioniste. Il a démontré que les liens personnels qui faisaient la richesse des relations franco-israéliennes en constituaient aussi sa principale faiblesse.

- Les relations franco-israéliennes sont-elles finalement basées sur l’amitié ou l’intérêt ?

- L’interprétation selon laquelle la France et Israël auraient vécu une amitié sentimentale jusqu’en 1967 ne me convainc pas. Tout se noue en 1946 quand Ben Gourion s’installe à Paris. Les sionistes en font la base arrière de la révolte en Palestine, une plaque tournante de l’immigration clandestine, et présentent un plan d’action secret sur le Liban et l’Afrique du Nord. Mais les représentants français conditionnent tout dialogue à la “diplomatie du secret”, pour ménager les États arabes, et à l’anti-panarabisme, afin de protéger leurs intérêts au Levant et en Afrique du Nord. Aussi, l’on aurait tort de voir dans l’attitude libérale de la France un geste d’amitié. Après l’affaire de l’Exodus, la France n’entend toujours pas intégrer Israël dans sa stratégie levantine. Face à la question de Palestine, elle s’en tient à une attitude de neutralité et c’est seulement par solidarité occidentale qu’elle finit par voter le plan de partage, en novembre 1947, puis par reconnaître l’État d’Israël en 1949, près d’un an après sa création. Le rapprochement qui s’opère à partir de 1953 s’explique par des raisons industrielles et commerciales, puis par l’éclatement de la guerre d’Algérie, l’essor du nassérisme et la pénétration soviétique au Moyen-Orient. Encore est-ce un rapprochement par dépit, achevé après l’avènement d’une “diplomatie en uniforme”. Mais Ben Gourion a hésité jusqu’au dernier moment à s’allier avec Paris. Ainsi, l’alliance de 1956 contre l’Égypte était une “alliance de combat”, conditionnée par la guerre d’Algérie et l’attitude de Washington, qui avait refusé de soutenir Israël. La politique gaullienne lui donnera d’ailleurs tous les contours d’une “alliance occasionnelle”.

- Pourquoi arrêter l’étude en 1959 ?

- Dès son retour au pouvoir, en mai 1958, de Gaulle a infléchi les relations avec Jérusalem pour en revenir à la stratégie d’avant Suez, qui fait d’Israël un garant du statu quo régional et un bouclier du Liban. Cependant, les relations se poursuivent du fait de la persistance d’intérêts stratégiques et de l’action de petits groupes qui enfreignent la décision du Général. C’est flagrant dans la coopération nucléaire. L’opinion ne perçoit pas encore ce changement mais 1959 inaugure une nouvelle ère : celle de la normalisation des relations franco-israéliennes ou, pour reprendre l’expression du nouvel ambassadeur à Tel-Aviv, celle de la “démystification”.

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