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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


Droite : la Maison brûle !

Publié par Frédérique Schillo sur 11 Janvier 2013, 14:13pm

Catégories : #Articles

Droite : la Maison brûle !

A deux semaines des élections, les esprits s’échauffent à droite. « Likoud notre Maison », la liste de Benjamin Netanyahou, essuie le feu du parti Shass et voit son avance fondre dans les sondages face aux sionistes-religieux de « La Maison juive ».

Recompositions à l’intérieur de la droite

Netanyahou sera réélu Premier ministre le 22 janvier prochain. L’affaire est quasiment entendue. A moins que les indécis ne renversent la tendance (ils représentent ¼ des électeurs, tout de même), la droite devrait l’emporter haut la main. Les derniers sondages (Aroutz 10 du 7 janvier, Yediot Aharonoth et Israel HaYiom du 11 janvier), lui prédisent environ 67 mandats contre 42 pour le centre-gauche.

La véritable inconnue reste la composition de cette future coalition de droite. Car si elle est donnée gagnante depuis le début de la campagne, la droite ne ressemble déjà plus à ce qu’elle était il y a à peine deux mois. A l’époque, la liste « Likoud notre Maison » (Likoud Beitenou), scellant l’alliance des partis de Netanyahou et de Lieberman, était créditée de 40 à 50 sièges. Il s’agissait en somme d’ajouter les 27 mandats du Likoud aux 15 d’Israel Beitenou, et de compter sur l’effet "rouleau compresseur" qu’une telle coalition aurait sur le paysage politique où aucun grand leader ne s’interpose à gauche. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence : les électorats, eux, ne s’additionnent pas si facilement. Cette drôle d’alliance – on a parlé ici de l’union de la carpe et du koubé – passe mal entre les sépharades conservateurs et traditionalistes du Likoud et les russophones radicaux et laïcs d’Israël Beitenou. Aujourd’hui, le compte n’y est pas : « Likoud notre Maison » ne recueillerait que 33 à 35 sièges.

Où sont donc partis les électeurs du Likoud ? Un petit nombre s’est radicalisé en se tournant vers le parti orthodoxe sépharade Shass, allié traditionnel du Likoud (crédité au mieux de 12 mandats, soit seulement un de plus que dans la précédente mandature). D’autres, plus nombreux, manifestent leur opposition au virage extrémiste pris par « Likoud notre Maison » en rejoignant le nouveau parti centriste Yesh Atid (avec 11 mandats, il pourrait rejoindre la coalition de droite). Cependant, les électeurs du Likoud restent dans leur grande majorité dans la famille de droite et plébiscitent la formation nationaliste et religieuse située à la droite du Likoud : « HaBayit HaYehudi » (« le foyer juif » ou « la Maison juive »), qui recueillerait déjà 14 mandats.

Naftali Bennett, Monsieur gam végam

Le score que fera « La Maison juive » est la grande surprise de ce scrutin. Le parti séduit de plus en plus, par-delà même sa famille de droite, en rassemblant des électeurs de toutes origines sur le slogan simpliste mais apparemment fédérateur du « parti qui vous ressemble ».

Et il est vrai que sa liste comprend aussi bien des religieux que des laïcs, des seniors et des jeunes, des ashkénazes et des sépharades, des hommes et des femmes, des colons de Cisjordanie et des Tel-Aviviens, des libéraux et des sociaux… Pour preuve, parmi les 10 premiers candidats présentés par « La Maison juive » figurent quatre colons, mais aussi un kibboutznik de gauche, tandis que le n°3 de la liste est une jeune femme de 36 ans, Ayelet Shaked, non-religieuse vivant à Tel-Aviv. Le parti ratisse large, ici et là, il est une chose et l’autre, « gam vegam » disent les Israéliens.

Naftali Bennett, le tout nouveau leader de la « Maison juive », incarne à merveille ces différentes tendances. Il a donc tout pour plaire. Il est jeune (40 ans), mais pas novice en politique (il fut chef de cabinet du Premier ministre Netanyahou en 2006). Il est multimillionnaire (depuis qu’il a revendu sa start-up) et a travaillé volontiers comme bénévole. Il porte la kippa, mais est marié à une non-religieuse. Pour couronner le tout, Bennett se présente comme le parfait patriote, qui a fait l’armée dans l’une des meilleures unités spéciales d’élite (sayeret matkal) et défend les colonies avec force (sur son site « Mon Israël ») mais sans outrance. Or, là réside peut-être sa faiblesse… C’est du moins ce que pensaient les stratèges du Likoud.

Une violente campagne négative

Invité d’une célèbre émission politique en décembre, Naftali Bennett a déclaré que s’il était dans la situation d’un soldat chargé d’évacuer une colonie, il refuserait cette décision immorale. Aussitôt, le Likoud a dénoncé ses propos. « Je n'ai pas appelé à la désobéissance dans Tsahal! » s’est ensuite défendu Bennett, avant de retourner l’attaque contre les dirigeants du Likoud : « A la veille des élections, leur préoccupation de savoir si les soldats obéiront ou non aux ordres lors d'un éventuel démantèlement en dit long […]. J'appelle le Premier ministre Netanyahou à éclaircir la question : Est ce que son gouvernement reviendra sur ses propos quant à la reconnaissance d'un Etat palestinien ou bien compte-t-il expulser des habitants de leur foyer? »

Contre toute attente, la charge du Likoud a profité à Bennett en lui permettant de se réaffirmer comme un homme de droite, partisan du Grand Israël, sioniste et religieux. C’est donc sur ce dernier aspect qu’il a été à nouveau pris pour cible. Depuis quelques jours, des affiches ont fleuri sur les réseaux sociaux. La première présente Naftali Bennett derrière des barbelés et l’accuse de vouloir parquer les Juifs dans un parti de religieux. La « Maison juive » y est qualifiée de « Ghetto Juif » (voir l’affiche ci-dessous).

Sur la seconde affiche, « la Maison juive » est accusée d’agir « contre les femmes », en raison de la présence de rabbins sur sa liste qui se sont déclarés pour la ségrégation entre hommes et femmes. Parmi ses sympathisants se trouve également le rabbin Dov Lior (à gauche sur la seconde affiche ci-dessous), dont une autre campagne rappelle qu’il avait loué la « sainteté » de Baruch Goldstein, l’auteur du massacre de 29 Palestiniens au tombeau des Patriarches à Hébron.

Cette campagne calomnieuse porte la marque d’Arthur Finkelstein, le spin doctor de Netanyahou. Proche des Républicains américains, l’ancien conseiller en communication de Mitt Romney est célèbre pour ses publicités négatives au style tranchant et répétitif. Toutefois, il n’est pas certain que la technique fonctionne contre « la Maison juive » et son jeune leader. Le "Bennett Bashing" a même pour l’instant l’effet contraire : il fait de Bennett une victime des intrigues, le place à l’écart des grosses machines politiques tout en lui donnant – c’est inespéré – une image de Premier ministrable.

« Likoud notre Maison » pourra-t-elle freiner l’ascension de « La Maison juive » ? Sa campagne négative témoigne en tout cas de son extrême fébrilité à l’approche des élections. Le parti ne cesse de perdre des électeurs. Et d’autres que « La Maison juive » voudraient bien profiter de sa position de faiblesse. C’est ainsi que le Shass a choisi pour son premier spot de campagne de porter une violente charge contre l’alliance du Likoud avec les Russes laïcards. On y voit un jeune sépharade sur le point d’épouser une femme russe. Mais au moment de prononcer les vœux, le futur marié s’aperçoit que la belle n’est pas juive. Elle attend qu’Israel Beitenou lui envoie son certificat de conversion par fax… (voir le clip du Shass, sous titré en anglais).

Jugé scandaleux et antisémite, le clip de Shass a été retiré des écrans. Mais la campagne continue, plus virulente que jamais à droite, où « Likoud notre Maison » risque encore de se retrouver pris entre deux feux.

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