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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


De la démocratie en Israël

Publié par Frédérique Schillo sur 15 Janvier 2013, 16:09pm

Catégories : #Articles

De la démocratie en Israël

Israël se targue d’être le seul Etat démocratique du Moyen-Orient. A une semaine des élections, une étude pionnière révèle quels sont les partis israéliens les plus (et surtout les moins) démocratiques…

Jusqu’à présent, deux grandes études faisaient référence pour calculer le niveau démocratique des pays : celles de la Freedom House et de l’Economist Group. Pour la première, qui se base sur l’état des libertés civiles et des droits politiques, Israël est un pays « libre » avec un indice de démocratie très élevé (voir son rapport 2012 sur Israël). Plus critique, le dernier rapport de l’Economist Group qualifie Israël de « démocratie imparfaite » et le classe (après un calcul savant de quelques 60 critères) juste après la France, l’Italie et la Grèce, elles-mêmes démocraties imparfaites.

Aucun institut n’avait encore évalué le degré de démocratie interne des partis politiques. Chose est maintenant faite avec l’Israel Democracy Institute, le think-tank qui a dévoilé ce 13 janvier son « indice de démocratie des partis » israéliens. Il s’agit non pas de l’ensemble des 34 partis en lice pour les législatives (parmi lesquels le parti des retraités, celui des rescapés de la Shoah, des partis verts, etc.) mais des 18 partis qui occupent ou ont occupé des sièges à la Knesset.

L’analyse repose sur cinq grands critères : la « transparence » des partis, la « responsabilité » interne, la « compétition » interne, la « représentation » des femmes et des minorités, et la « participation » dans la prise de décision interne. Les réponses sont notées sur une échelle de 0 à 100 (le maximum de démocratie interne).

Certains de ces critères sont poussés très loin, comme la « représentation » qui prend en compte la parité hommes/femmes mais aussi la présence des minorités au sens large (les provinciaux, les jeunes, les retraités, les nouveaux immigrants). D’autres critères auraient pu être ajoutés. La corruption des élus valait ainsi d’être mesurée après les derniers scandales ayant touché Ehud Olmert, dont tout pensait qu’il aurait pu redevenir Premier ministre à la tête de Kadima, ou encore Avigdor Lieberman, qui a démissionné de son poste de ministre des Affaires étrangères mais reste colistier du parti Likoud Beitenou.

L’on pourrait encore gloser sur ces critères. Quelle aurait été la note des partis politiques français ?! Entre Jean-François Copé, chef de parti autoproclamé, et Harlem Désir, désigné premier secrétaire par son prédécesseur, c’est à se demander si le nom même de « démocratie » française aurait survécu à une telle analyse. A titre de comparaison, six partis anglo-américains ont été évalués (les partis travaillistes et conservateurs en Grande-Bretagne, en Irlande et au Canada). Leur indice moyen de démocratie est de 61.

Quel sont donc les résultats en Israël ? L’Israel Democracy Institute nous livre son étude sans commentaire (voir l’étude disponible ici en anglais). Nous pouvons tenter d’en dégager trois grands enseignements :

• Seulement 5 partis politiques sur 18 ont un indice de démocratie égal ou supérieur à la moyenne observée (61). Le podium des partis les plus démocratiques est occupé par le parti travailliste (indice 86), le Likoud (75) puis le Meretz (74). Point commun : ce sont tous des partis historiques (le Likoud fait suite au Hérouth ; le Meretz est une émanation du Mapam), qui ont accompagné l’Etat d’Israël depuis sa création. Logiquement donc, ce sont les partis plus anciens, les plus rompus à la pratique démocratique, qui se trouvent être aujourd’hui les plus démocratiques.

• L’écrasante majorité des partis israéliens a un niveau de démocratie interne inférieur à la moyenne. Nous pouvons y trouver deux explications. La première tient à la présence de cinq partis non-representatifs par nature puisque ce sont des partis ultra-orthodoxes qui ne comptent que des hommes. Ajoutons à cela qu’ils privilégient la cooptation, répugnent à la transparence, voire revendiquent un refus de la modernité, et l’on trouve des indices de démocratie de 2 (peut-on faire pire ?!) pour les ultra-orthodoxes du « Drapeau de la Torah » (Degel HaTorah) et les hassidiques antisionistes d’« Union Israël » (Agoudat Israel).

La seconde explication que nous pouvons avancer concerne l’évolution récente des partis israéliens. Pendant longtemps, les grandes formations ont dominé la vie politique. Le système parlementaire faisait que les électeurs votaient pour une liste électorale et à travers elle, un parti, une idéologie, mais certainement pas une personnalité. Or, depuis quelques années, les partis se sont incarnés dans un leader et le nom même du chef de liste a fait son apparition en 1992 sur les bulletins de vote. Par une ironie de l’histoire, le processus démocratique a accompagné cette personnalisation des institutions avec le développement du système des primaires par exemple. La médiatisation à outrance et les dérives de la communication politique ont encore aggravé cette tendance. Aujourd’hui, un parti comme Yesh Atid (« Il y a un futur ») repose uniquement sur la figure charismatique de son leader, Yaïr Lapid, l’ancien présentateur du journal de 20 heures aux faux airs de George Clooney. De même peut-on comprendre que Tzpi Livni, l’ancienne ministre des Affaires étrangères, se retrouve dans les tréfonds du classement. Son parti Hatnoua (« le mouvement ») est une construction superficielle qui n’a d’autre but que de la remettre personnellement dans le jeu politique. Elle se retrouve donc dans les 5 partis les moins démocratiques d’Israël avec les Juifs religieux et un parti arabe.

• Dernier constat : les partis arabes ne sont ni plus ni moins vertueux que les autres. Le Mada Ra’am, un parti religieux et nationaliste arabe, est le troisième parti le moins démocratique d’Israël. Cependant, parmi les 5 partis les plus démocratiques du pays figure le parti Balad, dont l’indice de démocratie interne (61) égale la moyenne des principaux partis anglo-américains. De son nom complet « l’Assemblée démocratique nationale », le Balad n’est pourtant pas réputé chez les Israéliens pour son sens démocratique. Parti nationaliste, antisioniste, opposé au caractère juif de l’Etat d’Israël, il a été soupçonné de soutenir le terrorisme. En 2009, il fut interdit de se présenter aux élections avant que la Cour suprême d’Israël n’annule la décision. Trois députés du Balad furent alors élus, parmi lesquels Hanin Zoabi qui est aujourd’hui la femme la plus détestée d’Israël. Sa présence sur la flottille de Gaza en 2010 et une conduite outrancière à la Knesset ont failli lui coûter une nouvelle disqualification pour 2013. Elle représentera finalement le Balad aux élections de mardi prochain et – joli pied de nez à ses détracteurs – elle pourra utiliser l’étude de l’Israel Democracy Institute comme un argument de campagne.

Illustration : capture d’écran du site de l’Israel Democracy Institute.

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