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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


« Un vrai danger pour l’Etat de droit »

Publié par Frédérique Schillo sur 3 Novembre 2022, 22:22pm

Catégories : #Dans les médias

Pourquoi le probable retour au pouvoir de Netanyahou inquiète.

Bibi est en passe de réussir son comeback. Après 15 ans au pouvoir (entre 1996 et 1999 puis entre 2009 et 2021), Benyamin Netanyahou, surnommé Bibi par ses partisans comme par ses détracteurs, semble être le grand vainqueur des dernières élections israéliennes. Son parti, le Likoud (droite nationaliste) est en tête avec 31 sièges (majorité 61 sièges) et semble en mesure de former une coalition avec 64 sièges pour le bloc de droite, selon 99 % des bulletins dépouillés. Les résultats définitifs sont attendus d’ici à jeudi ou vendredi. Écarté du gouvernement pendant un an et demi en raison de la victoire d’une coalition hétéroclite anti-Netanyahou, le leader de la droite est en passe de redevenir le nouvel homme fort d'Israël. Que sait-on aujourd’hui de ses projets, lui qui est toujours en procès pour corruption ?

Mardi soir, lors de la soirée électorale, le chef du Likoud s’est voulu conciliant, promettant «  d’agir pour baisser les tensions présentes dans le débat public, pour guérir les dissensions - non seulement pour élargir la paix avec nos voisins, mais aussi pour restaurer la paix à l’intérieur du pays ». Pour autant, pour Frédérique Schillo, historienne et spécialiste d'Israël et des relations internationales, interrogée par le JDD, les résultats de mardi soir risquent d’aggraver « les divisions internes ». « On voit aujourd’hui qu’on a affaire à deux pays. Il y a d’un côté la droite ultranationaliste et religieuse et de l’autre une droite libérale et laïque, alliée à ce qu’il reste de la gauche »     

Un parti d’extrême-droite, 3e force du pays

En effet, pour gouverner, Benyamin Netanyahou va devoir composer avec ses alliés, et certains sont particulièrement embarrassants. Si le Likoud a obtenu 32 sièges, il ne pourra gouverner qu’avec l’appui des partis religieux (19 sièges) et de l’extrême droite nationaliste (14 sièges). Ce qui formerait alors l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d'Israël. Autre possibilité : Benyamin Netanyahou pourrait également s’allier avec le parti de centre-droit Unité nationale de l’ancien chef d’Etat-major, Benny Gantz. Mais celui-ci fait pour l’instant partie de la coalition anti-Netanyahou. Mercredi, les responsables de ce parti ont indiqué qu’il respecterait le choix des électeurs et siègeraient dans l’opposition.

Lire aussi - Législatives en Israël : qu'attendre des nouvelles élections ?

En tout état de cause, une alliance avec le parti d’extrême droite (Sionistes religieux) dirigé par Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, désormais troisième force politique du pays, pourrait avoir de nombreux effets. Fin septembre, l'administration Biden avait prévenu que la nomination au gouvernement de ces deux personnalités pourrait avoir des conséquences pour les relations israélo-américaines. «  Cela serait un énorme problème pour nous », avait ainsi expliqué un officiel de l'administration Biden, sous couvert d’anonymat, dans Israel Hayom , journal le plus lu du pays et proche de Benyamin Netanyahou.  

Les Émirats arabes unis, qui ont signé un accord avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, ont également averti que la présence de Ben Gvir et Smotrich dans l'exécutif israélien risquait de nuire aux liens bilatéraux entre les deux gouvernements. « Netanyahou va devoir faire avaler la couleuvre à ses alliés arabes. Mais les intérêts stratégiques, technologiques et militaires sont très forts. Cela devrait permettre de faire avaler la pilule. Les deux pays auraient beaucoup à perdre en cas de fin des accords d’Abraham », note Frédérique Schillo.  

Limiter le pouvoir de la Cour suprême

Itamar Ben Gvir prône notamment l’expulsion des Arabes israéliens qui ne sont « pas loyaux » à l’État. Il souhaite l'annexion de la Cisjordanie par Israël, un territoire où vivent 2,9 millions de Palestiniens. Son parti soutient également l’application d'une loi accordant aux policiers et aux soldats l'immunité pénale pour les actions qu'ils entreprennent. De son côté, Bezalel Smotrich compte limiter le pouvoir des juges de la Cour Suprême et supprimer les délits de fraude et abus de confiance, charges dont est actuellement accusé Benyamin Netanyahou.

Itamar Ben Gvir s’est également fait connaître pour avoir été inculpé des dizaines de fois pour incitation à la haine ou des violences depuis son adolescence. Le député est également connu pour ses positions anti-LGBTQ, tout comme Bezalel Smotrich.

Itamar Ben Gvir puise son idéologie anti-arabe dans celle du rabbin extrémiste Meir Kahane, dont le mouvement Kach a été banni en Israël après l'assassinat en 1994 de 29 Palestiniens en train de prier à Hébron, par un de ses sympathisants, Baruch Goldstein. Itamar Ben Gvir, qui a milité dans Kach, a longtemps eu un portrait de Goldstein dans son salon mais dit avoir pris quelques distances depuis.

Une loi rétroactive pour aider Netanyahou ?

Le parti de Ben Gvir et Smotrich va tenter de peser dans les négociations gouvernementales mais la réalisation de l’ensemble de ces mesures très radicales semble très improbable. Le Likoud reste majoritaire même si le jeu du parlementarisme fait que les plus petits partis cherchent à pousser leurs pions et à obtenir les meilleurs postes au gouvernement.

L’annexion de la Cisjordanie semble peu réalisable, par exemple : Benyamin Netanyahou avait fini par reculer sur son plan d’annexion de 30 % de la Cisjordanie, alors qu’il était confronté à une administration américaine - celle de Donald Trump - censée être beaucoup plus conciliante. «  Il y a les promesses et la réalité du pouvoir », décrypte Frédérique Schillo.  

Mais alors que les alliés d'extrême droite de Netanyahou envisagent une loi rétroactive pour le sauver d’une éventuelle condamnation pour corruption et multiplient les idées de projets rognant sur le pouvoir des juges ou donnant des pouvoirs très importants à la police ou aux soldats, la chercheure estime qu’il y «  a un vrai danger pour l’État de droit et la perspective d’une démocratie illibérale [à la Orban ou à la Erdogan] ne peut pas être exclue »    

 

https://www.lejdd.fr/International/un-vrai-danger-pour-letat-de-droit-pourquoi-le-probable-retour-au-pouvoir-de-netanyahou-inquiete-4144911

Frédérique Schillo,
@FredSchillo

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