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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


Que reste-t-il du Likoud de Menahem Begin?

Publié par Frédérique Schillo sur 9 Décembre 2017, 11:32am

Catégories : #Articles

Qu’est-il donc arrivé au Likoud, le parti de Menahem Begin, pour que même le propre fils du fondateur, le député Benny Begin, ne s’y reconnaisse plus ? Retour sur le virage idéologique, économique et moral opéré par la plus grande formation politique d’Israël, qui lui a fait perdre en chemin plusieurs cadres historiques. Et demain des électeurs ?

On l’appelle « le Prince des princes ». Benny Begin appartient à la seconde génération de la Droite israélienne, celle des enfants des fondateurs du parti révisionniste, du Hérout et des groupes paramilitaires opposés aux Britanniques. Dans cette sacro-sainte caste politique, où l’on croise Ehoud Olmert, Tzipi Livni ou Benjamin Netanyahou, il est l’intouchable en chef : le fils de l’ancien Premier ministre Menahem Begin, le fondateur du Likoud, qui réussit l’exploit en 1977 de porter pour la première fois la Droite au pouvoir, d’où elle n’est plus vraiment redescendue depuis.

Le nom de Begin impose le respect. Il porte en lui les valeurs de la Droite classique, raisonnable. Et pourtant, Benny Begin est un prince déchu. Son parcours récent témoigne des vicissitudes que traverse le parti. En mai 2015, alors tout juste revenu en politique et nommé au gouvernement, il avait été contraint à la démission afin de faire de la place au très droitier Gilad Erdan. « Personne n’a autant de valeurs et de morale que Begin », clamait Netanyahou en lui promettant très vite un nouveau poste.

Mais redevenu simple député, Begin a ensuite été suspendu trois semaines de la Commission parlementaire du Droit et de la Justice par le chef de la coalition David Bitan. Son crime ? Avoir refusé de voter la loi autorisant les avant-postes illégaux de Cisjordanie. L’un des rares à le soutenir en interne est Gil Shmueli, un fidèle du Hérout, le Likoud « canal historique » : « La suspension de Benny Begin a été un franchissement de toutes les lignes rouges du parti nationaliste, démocratique et libre, et une continuation directe de la destruction du bon Likoud classique et libéral qui nous manque tant ».

La destruction du Likoud classique

Cela fait longtemps que le Likoud n’est plus ce qu’il était. Le parti nationaliste, libéral et laïque est devenu un mouvement flirtant avec l’extrême droite, conservateur, voire étatiste sur le plan économique, et rongé par les activistes religieux.

Les grandes figures libérales comme les anciens ministres Benny Begin, Dan Meridor et Michael Eitan sont aujourd’hui minoritaires. Même Netanyahou, qui se plaît tant à incarner la start-up nation, a rompu avec l’ultralibéralisme de ses débuts. Il mène une ligne plutôt protectionniste et rechigne à toucher aux innombrables cartels économiques en Israël. Le seul à s’y être risqué en cassant le monopole de la téléphonie mobile est Moshe Kahlon, qui a ensuite quitté le Likoud pour fonder son propre parti. Une façon, expliquait-il, de revenir aux racines du « vrai Likoud, celui qui sait aussi comment faire la paix et rendre des territoires ».

Au cœur de la doctrine de Zeev Jabotinsky, le fondateur du parti révisionniste et père spirituel de la droite, se trouve la défense du « Grand Israël », mais aussi la nécessité pour les Israéliens de créer un « mur de Fer » ; c’est-à-dire d’imposer leur présence afin de briser toute résistance et pousser les Palestiniens à la négociation. Foncièrement attaché à la Judée-Samarie, au point d’avoir toujours refusé de rencontrer le roi de Jordanie, Menahem Begin se montra pragmatique en signant la paix avec l’Egypte. Mais ses successeurs firent une autre interprétation du « mur de Fer ». Ariel Sharon bâtit un vrai mur avant d’opérer un retrait unilatéral de Gaza aux conséquences dramatiques, qui divisa le parti et l’engagea à aller fonder Kadima. Le Likoud exclut désormais la moindre concession sur les Territoires, préférant la gestion du conflit permanent au recours aux négociations, pourtant prôné par Netanyahou dans son discours de Bar-Ilan sur la solution à deux Etats.

Avec l’essor de l’extrême droite, le Likoud achève sa mutation : ultranationaliste, faucon et religieux. Et le modéré président Reuven Rivlin ou les rares membres du « nouveau Likoud », plus centristes, n’y feront rien [voir l’encadré]. « Ce n’est plus le parti auquel j’ai adhéré », déplorait Moshe Yaalon, obligé de céder sa place à l’ultra Avigdor Lieberman au ministère de la Défense. Les nominations de Naftali Bennett et Ayelet Shaked du Foyer juif bouleversent aussi la politique intérieure. Impensable il y a peu, le projet de loi visant à limiter les pouvoirs de la Cour suprême menace l’équilibre des institutions ; celui sur « la nationalité », définissant Israël exclusivement comme nation juive, est foncièrement antidémocratique.

Les sirènes du populisme

Le Likoud, qui incarnait jadis la revanche des classes moyennes sépharades contre l’élite ashkénaze de gauche, épouse les humeurs d’une opinion publique toujours plus à droite et plus religieuse. Cela est flagrant dans l’affaire Elor Azaria ou la crise du mont du Temple, qui a vu le Premier ministre s’opposer à l’état-major de Tsahal pour suivre les sirènes de l’opinion.

Les figures phares du parti aggravent encore cette tendance populiste : la passionaria anti-palestinienne Miri Reguev, l’intransigeant David Bitan ou l’embarrassant Oren Hazan. Encore a-t-on échappé au rappeur The Shadow (Yoav Eliasi) : Benny Begin s’est opposé à son admission après qu’il a affirmé que sa fille s’était convertie à l’islam et que son fils jetait des pierres sur les soldats de Tsahal.

Mais à qui la faute ? L’épuisement interne du Likoud a été soigneusement orchestré par Netanyahou, qui écarte ceux qui risquent de lui faire de l’ombre : Sylvain Shalom, Gideon Saar, Danny Danon, Moshe Yaalon... Quant aux jeunes stars de sa coalition, ce sont tous d’anciens collaborateurs éconduits comme Kahlon, Shaked ou Bennett, qui fut son directeur de Cabinet.

Débarrassé de potentiels concurrents internes, flattant à souhait les extrémistes de sa coalition, le roi Bibi tient ferme à la tête d’Israël, devançant de loin ses opposants dans les sondages d’opinion. Seules les affaires pourraient le déstabiliser s’il n’avait organisé un cordon sanitaire dans le parti : « J’ai récemment entendu dire que parmi les valeurs du Likoud, il y en a une nouvelle appelée ‘fidélité au leader’. Je pense que c’est une évolution très grave, et une absurdité absolument ridicule », a déclaré Begin en refusant d’aller à une manifestation de soutien à Netanyahou, qui y brocardait l’opposition, les juges et la presse.

De l’ancien Likoud de Menahem Begin, il reste encore son fils. Mais jusqu’à quand ? Son départ sonnerait comme un coup de tonnerre pour les cadres historiques du parti, mais certainement pas pour son électorat. Et il y a fort à parier que l’attachement de Begin au Likoud soit plus fort que sa détestation de ce qu’il est devenu sous l’ère Netanyahou. Bibi est « un combinard et un magouilleur sans profondeur politique », disait de lui son concurrent aux toutes premières primaires du Likoud, en 1993. Un certain Benny Begin.

Frédérique Schillo 
@FredSchillo

Publié dans Regards n°869, le 3 Octobre 2017

http://www.cclj.be/actu/israel/que-reste-il-likoud-menahem-begin 

 

 

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