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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


Trump, dangereux pour les Juifs, mais bon pour Israël ?

Publié par Frédérique Schillo sur 13 Juin 2017, 12:21pm

Catégories : #Articles

La victoire de Trump a électrisé la droite israélienne, tandis que l’opposition l’accueillait avec un prudent optimisme. Tous, pourtant, s’accordent à dire que l’élection de Trump est dangereuse pour les Juifs. Comment ne le serait-elle pas pour Israël ?

 

« Rendre à Israël sa grandeur ». Des affiches bleu nuit détournant le slogan de Donald Trump ont fleuri en Israël dans les heures qui ont suivi  la victoire du magnat américain, le 8 novembre 2016, jusque dans les rues de la très libérale Tel-Aviv. Une provocation des troupes Trump, constituées en majorité d’Américains favorables à la colonisation en Cisjordanie. Mais sans doute n’était-ce pas pour déplaire à la coalition de droite.

Abasourdie comme tant d’autres par l’élection surprise « du Donald », la droite exulte. « La victoire de Trump est l’opportunité d’en finir avec l’idée d’Etat palestinien », a lancé le chef de file des nationalistes religieux Naftali Bennett, qui rêve d’annexer la Cisjordanie. « Remercions Dieu pour cette élection », s’est écrié le leader du Shass, tandis que Yehouda Glick invitait le président élu à Jérusalem, où il prévoit de transférer l’ambassade américaine, pour visiter l’esplanade du Temple.

Insistant sur la communauté de destin entre Jérusalem et Washington, Benjamin Netanyahou s’est fendu d’une vidéo pour saluer Trump, « véritable ami d’Israël », avec lequel il lui tarde de travailler. Un message somme toute moins exalté que celui du chef de l’opposition Isaac Herzog, dont la flagornerie a étonné : « Félicitations chaleureuses au président de la nation la plus grande et la plus puissante du monde ! », a-t-il écrit sur Facebook, en le remerciant de marquer « une nouvelle ère de changement et de remplacement des vieilles élites dirigeantes ». Célébrer en Trump le chantre de l’anti-système ne manque pas de piquant venant d’un apparatchik travailliste, fils du sixième président israélien Haïm Herzog.

Si les leçons de la victoire de Trump (vote sanction, revanche des déclassés, victimes de la crise) sont étudiées sur tous les rangs de la Knesset, certains appliquent déjà ses recettes. Le candidat du centre Yaïr Lapid prospère sur le vote anti-establishment, anti-corruption et patriote. Netanyahou et Trump, qui partagent l’amitié du milliardaire Sheldon Adelson, propriétaire d’Israel Hayom, ont bâti leur charisme politique sur des slogans populistes. Tous deux ont ratissé les voix des territoires délaissés : les périphéries pour l’Israélien, la Rust Belt pour l’Américain, note Efraïm Inbar du BESA Center. Ajoutons que tous deux doivent leur victoire à des discours racistes. Netanyahou l’a emporté après son appel à faire barrage aux masses arabes ; Trump a mené campagne sur des thèmes racistes et antisémites.

L’idole des antisémite

Candidat des néonazis, du Ku Klux Klan et autres xénophobes séduits par son projet d’ériger un mur à la frontière mexicaine ou d’interdire l’entrée du territoire aux musulmans, Trump n’a jamais été personnellement accusé d’antisémitisme. La proximité avec sa fille Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe, de son influent gendre Jared Kuschner ou de conseillers juifs, interdit d’y penser. Reste que, sans le dire, ses discours puisaient tous dans les clichés antisémites. Ses délires complotistes sur l’élite et la finance internationales étaient d’ailleurs assez explicites pour qu’il n’ait besoin de désigner les Juifs, fait remarquer le journaliste David Horowitz.

Depuis son élection, la parole antisémite s’est « libérée ». Au point que l’on a vu des suprématistes blancs faire le salut nazi au cri de « Heil Trump » en plein cœur de Washington. Si le président se défend d’être lié à ces groupes -sans les condamner clairement-, que dire de son choix de nommer Steve Bannon comme chef de la stratégie à la Maison-Blanche ? Surnommé le « Leni Riefenstahl du Tea Party » par Andrew Breitbart, le fondateur du site d’extrême droite dont il est rédacteur en chef, Bannon est un antisémite notoire. Plusieurs associations américaines juives, comme J Street, se disent très préoccupées par la future Administration. Des inquiétudes s’élèvent aussi en Israël. Mais, au mieux, on espère que le président fera oublier le candidat, au pire, à droite, on est prêt à sacrifier la Diaspora sur l’autel d’un grand Israël.

Le mirage de la puissance

L'Amérique est un allié trop important, son soutien militaire (34 milliards de dollars) trop vital pour se permettre d’insulter l’avenir, disent les Israéliens, qui jugent avec raison que les relations ne pourront être pires que sous Obama. Nul ne sait en réalité de quoi la politique de Trump sera faite.

Contradictoire, Trump se dit isolationniste un jour, puis prêt à « envoyer la bombe » sur Daesh ; soutien d’Israël, puis soucieux de faire payer leur aide aux alliés. Inexpérimenté, il se heurtera à la réalité dans l’affaire du transfert de l’ambassade à Jérusalem (voir encadré) ou au soi-disant démantèlement de l’accord iranien, dont il feint d’ignorer les cinq autres puissances signataires, et qui se terminera sans doute par plus de sanctions contre Téhéran.

Et le processus de paix ? « J’adorerais être celui qui fera la paix entre Israël et les Palestiniens », vient d’annoncer celui qui considérait jusqu’alors le dossier comme secondaire. Reste à connaître les modalités. David Friedman et Jason Dov Greenblatt, ses conseillers sur Israël, sont partisans de la solution à deux Etats, tout en estimant que les colonies ne font pas obstacle à la paix. Trump lui-même s’est déclaré « neutre » sur le sujet, sans dire si cela signifiait amener les deux parties à des compromis nécessaires. Au moins est-on sûr qu’en adversaire du multilatéralisme, il privilégiera la négociation directe. Mais la droite aurait tort de s’en réjouir. Les pressions les plus importantes ayant jamais abouti à la paix ont été exercées sur Israël par un républicain, isolationniste, opposé au multilatéralisme, neutre sur le conflit, et par ailleurs antisémite : Richard Nixon.

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman l’a bien compris, lui qui vient de proposer un accord sur le gel des constructions contre la poursuite de celles situées dans les gros blocs de colonies, sur le modèle Sharon-Bush de 2004. Une hérésie pour l’annexionniste Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères, et pour Bennett, qui s’est empressé de rencontrer des proches de Trump. La polémique a pris fin après que Netanyahou a sommé Lieberman de remballer ses plans et interdit à ses ministres de rencontrer l’équipe Trump avant son investiture fin janvier. Mais bientôt le roi Bibi sera nu face aux exigences suicidaires de son extrême droite, forcé de la suivre ou de rompre la coalition.

En attendant, insensible aux menaces que Trump fait peser sur la communauté juive, la droite annexionniste rompt avec le judaïsme américain, ce dont se réjouissent même les ultra-orthodoxes, et s’éloigne encore de la Diaspora. Elle observe le rapprochement entre Trump et Poutine sans en mesurer les effets dévastateurs, notamment les largesses accordées au Hezbollah. Elle rêve de bâtir en Cisjordanie, dont il ne sortira qu’une « situation d’apartheid » selon James Mattis, pressenti à la Défense américaine, et peut-être une nouvelle intifada. Bref, loin de l’ivresse de toute puissance apportée par la victoire de Trump, elle devrait se préparer à un Israël plus isolé et menacé que jamais.

Frédérique Schillo 
@FredSchillo

http://www.cclj.be/actu/israel/trump-dangereux-pour-juifs-mais-bon-pour-israel

Publié dans Regards n°852

 

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