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VU D'ISRAEL

VU D'ISRAEL

Histoire et Prospective


Hasbara, mensonges et vidéos

Publié par Frédérique Schillo sur 30 Décembre 2016, 11:28am

Catégories : #Articles

A grand coups de com’, le gouvernement Netanyahou déroule un discours offensif sur la scène internationale pour répondre d’une part à la campagne de BDS (Boycott Sanctions Désinvestissement) et justifier de l’autre la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Décryptage d’une stratégie qui va aller s’intensifiant à l’approche des grands rendez-vous diplomatiques.

Jacob et Rachel habitent avec leur bébé un appartement douillet appelé « Terre d’Israël ». Un jour, deux hipsters enturbannés font irruption dans leur salon. Ce sont des Assyriens. Ils sont bientôt suivis par les Romains, les Croisés, les Mamelouks, plus barbares et idiots les uns que les autres dans ce clip du ministère israélien des Affaires étrangères. Acculé, le couple se réfugie avec bébé dans la chambre, la salle de bains, puis sous une tente avant qu’un Britannique ne les invite à revenir chez eux. Arrive enfin l’indépendance. Las, on frappe à la porte : des Palestiniens, comme sortis de nulle part, lorgnent sur leur appartement.

La dernière vidéo officielle d’Israël fait scandale. Sous ses faux airs de série Friends croisée avec les Monthy Python, elle veut nous faire croire que les Juifs sont de toute éternité propriétaires du territoire biblique et les Palestiniens des étrangers sur leur terre. « Nous sommes  chez nous ! », clament les colons de Cisjordanie. « Nous ne sommes pas venus ici sur un bateau ou un avion. Nous sommes le sel de cette terre », rétorque le député arabe israélien Ahmed Tibi, qui, comme beaucoup, dénonce une vidéo révisionniste et raciste.

Malgré le flot de critiques, ça marche. Avec plus d’un million de vues en 15 jours, cette caricature de l’Histoire est un nouveau coup d’éclat du gouvernement Netanyahou, qui a fait de la diplomatie publique le socle de sa politique extérieure, au point d’avoir créé un ministère de la Hasbara  (propagande), une première depuis quarante ans (lire notre encadré).

La politique à coups de com’

Convaincu qu’à l’ère des réseaux sociaux, le format compte autant que le fond, le Premier ministre multiplie les spots provocateurs. On l’a vu cet été appeler les Arabes israéliens à s’intégrer « en masse » en Israël. Puis, dans un autre clip, affirmer qu’il en faisait davantage pour les Palestiniens que leurs propres dirigeants. En septembre, il a comparé l’exigence de démantèlement des colonies à du « nettoyage ethnique ». A chaque fois, la vidéo est réalisée en anglais, comme un produit d’exportation destiné au marché international. Pour espérer être viral, le message se doit d’être agressif. Au risque d’être contre-productif. Un film d’animation qui moquait la naïveté des journalistes durant l’Opération de Gaza a ainsi dû être retiré. Quant à l’accusation de « nettoyage ethnique », qui a ému jusqu’à la Maison-Blanche, elle est revenue en boomerang sur Netanyahou pendant l’Assemblée générale de l’ONU, Mahmoud Abbas accusant à son tour Israël d’être né de la « purification ethnique » et de la pratiquer encore. Des condamnations aussi infondées les unes que les autres.

Ces vidéos sont conçues comme des coups médiatiques par de jeunes communicants ayant récemment rejoint le Bureau du Premier ministre : David Keyes, son porte-parole auprès des médias étrangers, rendu célèbre pour avoir apostrophé sur Facebook le chef de la diplomatie iranienne ; Ran Baratz, créateur d’un site internet, d’abord pressenti comme chef de la hasbara, puis rétrogradé au rang de conseiller après la découverte de ses posts insultant Obama d’antisémite ; ou John Kerry « dont l’âge mental n’excède pas 12 ans ». Bref, des activistes 2.0 qui privilégient le choc des mots à la profondeur du débat.

Mais aussi exagérés soient-ils, ces messages reflètent l’ossature idéologique de Netanyahou qui, malgré son discours de Bar-Ilan sur la solution à deux Etats, s’est toujours prononcé pour le maintien de blocs d’implantations, dont il facilite par ailleurs la croissance. Ne décrivait-il pas l’idée d’un Etat palestinien sans colonies comme un « Judenrein » en 2000 ? Dans le même registre, évoquant l’instrumentalisation des Lieux saints, il a prétendu que le Mufti de Jérusalem avait inspiré à Hitler la Shoah. Une déclaration faite avant l’arrivée de son équipe de choc ; preuve que celui qui cumule le poste de Premier ministre avec les portefeuilles de la Diplomatie et des Communications (sans parler de la Coopération régionale et la Santé) est maître de son discours.

Pas une voix discordante

Le verbe haut qui plait à l’électorat ou décalé pour capter le jeune public imprime désormais la com’ politique. Finie la hasbara de papa, la diplomatie publique israélienne se veut même participative avec le recrutement, depuis la guerre de Gaza, de volontaires dans les nouveaux médias. Cette année, le Bureau du Premier ministre a lancé un concours de vidéos autour de sujets phares, comme le statut de Jérusalem et la propagande palestinienne. Et le 31 octobre, Netanyahou devait recevoir en personne les lauréats du programme Masa qui, depuis sa création en 2009, a accueilli dans des stages d’immersion 120.000 jeunes s’engageant à devenir « les ambassadeurs de la hasbara de demain ».

En ligne de mire notamment : la campagne BDS, accusée d’être le cheval de Troie d’un nouvel antisémitisme. Le ministre de la Hasbara, Gilad Erdan, y consacre beaucoup d’énergie, craignant de nouvelles menaces venues d’Europe ou des campus américains. Toutefois, comme l’a montré l’affaire du halva sur Brussels Airlines, la rétorsion économique reste encore la meilleure arme anti-boycott. Dans ces conditions, pas question d’autoriser une voix dissidente à l’extérieur. Le directeur de l’organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem, qui est allé dénoncer la colonisation devant le Conseil de Sécurité de l’ONU en octobre dernier, a reçu un tombereau d’injures, parfois même venant des rangs de gauche, tandis que le gouvernement menaçait de lui couper tout financement. Quant à la scène intérieure, entre une ministre de la Culture qui veut mettre les artistes à sa botte et un Premier ministre de la Communication rêvant de remodeler l’audiovisuel public, l’information libre apparaît cadenassée. Si bien que le chef de l’Union sioniste, Yitzhak Herzog, a traité Netanyahou de « Fidel Castro israélien ».

La guerre médiatique à venir

C'est une « mesure préventive » ; la seule, faute de négociations, regrette Tzipi Livni, que le gouvernement ait trouvée face à la campagne diplomatique palestinienne qui culminera en 2017 avec les 50 ans de l’Occupation israélienne et le Centenaire de la Déclaration Balfour, pour laquelle Abbas a prévenu qu’il poursuivrait la Grande-Bretagne en justice. Surtout, la crainte d’Israël est que Barack Obama profite de la période dite des « canards boiteux » -entre l’élection de son successeur le 8 novembre et son investiture le 20 janvier- pour lancer une initiative en faveur des Palestiniens. Les options ne manquent pas : un discours, l’appui aux initiatives de paix française ou arabe, voire, suprême cauchemar pour Israël, la levée du veto américain sur une résolution du Conseil de Sécurité condamnant la colonisation.

 

En attendant, les Palestiniens ont fait voter à l’UNESCO une résolution niant les liens entre les Juifs, le Mont du Temple et le Mur occidental (lire Le point de vue d’Elie Barnavi p.22). Une hérésie grave et, si l’on y songe, aussi pathétique que la vidéo montrant Jacob et Rachel comme les seuls vrais résidents de leur « Terre d’Israël ».

Frédérique Schillo

Publié dans Regards n°850 de novembre 2016

http://www.cclj.be/actu/israel/hasbara-mensonges-et-videos 

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