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VU D'ISRAEL

VU D'ISRAEL

Histoire et Prospective


L'avenir appartient-il au centre ?

Publié par Frédérique Schillo sur 26 Décembre 2016, 12:35pm

Catégories : #Articles

Pour la première fois, le Likoud de Benjamin Netanyahou a été détrôné dans les sondages par le parti du centre Yesh Atid de Yaïr Lapid. En quatre ans, cette ancienne vedette de la télévision a fait de son parti la première force politique en Israël. Accusé à droite d’être un affreux gauchiste, Lapid est vu à gauche comme un ersatz de Benjamin Netanyahou. Peut-il lui ravir la place et devenir le prochain Premier ministre ?

Longtemps on a cru voir en Yaïr Lapid un simple héritier, le fils de Tommy Lapid, bouillonnant fondateur du Shinouï, un 
parti libéral et radicalement antireligieux. Comme son père, il a été journaliste et écrivain, avant d’embrasser la carrière politique. Comme lui, il a fondé un parti politique libéral et laïque, Yesh Atid (« Il y a un futur »). Mais l’élève a dépassé le maître. Présentateur star de talkshows, puis du journal télévisé, auteur et parolier à succès, chroniqueur vedette dans des journaux populaires, Yaïr Lapid est aujourd’hui à la tête du premier parti d’Israël. Avec 143 sections dans tout le pays et 11.000 militants, qui sont souvent de jeunes actifs, il est capable de rivaliser avec les grands partis historiques.

Mieux, il les surpasse. Les derniers sondages réalisés en septembre dernier donnent Yesh Atid devant le Likoud. Selon la chaîne 1, il récolterait en effet 27 sièges (contre 11 aujourd’hui), le Likoud 23, tandis que l’Union sioniste et le Foyer juif obtiendraient seulement 11 sièges chacun. Les résultats ont fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les rangs du Likoud, abîmant un peu plus l’image de Netanyahou, déjà écornée par les scandales financiers, les critiques sur sa gestion de l’opération Bordure protectrice à Gaza et de la guerre du shabbat (voir l’encadré). Ses supporters ont eu beau jeu de remettre en cause le sondage : « Nous nous souvenons tous des prédictions à 18 sièges pour le Likoud aux dernières élections et nous avons vu les résultats », a ironisé l’un d’eux. Le fait est que la chaîne 2 et plusieurs instituts confirment la tendance.

D’autres reprochent à Yaïr Lapid d’avoir seulement récolté les fruits de la guerre du shabbat. Cependant, on aurait tort de croire qu’il n’est que le fils de son père. Moins intransigeant que Tommy Lapid, moins rugueux que lui aussi malgré sa démarche de boxeur, Yaïr Lapid est un laïque moins antireligieux que ne l’était son père. S’il a milité pour la conscription des ultra-orthodoxes ou la baisse des subventions octroyées aux yeshivot, il n’en fait pas un slogan. Fait remarquable : il s’est tenu à l’écart de la guerre du shabbat, s’abstenant de critiquer les religieux. Il sait trop bien qu’il pourrait avoir besoin d’eux pour bâtir un jour une coalition. Quand son épouse Lihi, journaliste et auteure à succès, s’est mise à participer à des cérémonies de la hafrashat hala (séparation des tresses de la hala) et à vanter les beautés de la tradition juive, les cadres de droite ont sérieusement commencé à s’inquiéter.

Une alternative à la droite

Certes, Lapid bénéficie de l’impopularité d’Yitzhak Herzog. Le médiocre leader travailliste, raillé pour son manque de charisme et violemment critiqué pour avoir tenté d’entrer dans le gouvernement Netanyahou, a tiré son parti l’Union sioniste vers le bas. Selon la chaîne 2, la moitié des électeurs de l’Union sioniste ont rejoint les rangs de Yesh Atid depuis les dernières élections. Cependant, deux tiers des sièges dont est crédité le parti centriste viennent également des rangs de droite.

Ce succès s’explique par la stratégie choisie par Yaïr Lapid. Plus en retenue, évitant l’attaque frontale contre Netanyahou, il se retrouve dans la posture du boxeur qui retiendrait ses coups. L’image de Shimon Peres le hante, explique Nahum Barnea dans Yedioth Aharonot : il ne veut pas ressembler à l’opposant acharné de Menahem Begin, qui avait fini dans les années 1970 par se caricaturer lui-même. « Nous avons deux options : être une opposition ou être une alternative. J’ai choisi d’être une alternative », affirme Yaïr Lapid. C’est là sans doute le choix le plus difficile, qui l’oblige à être une force de proposition. Or cela lui impose de dévoiler ses idées, se réjouit-on au Likoud, où l’on pense que les électeurs se détourneront de lui quand ils s’apercevront que c’est un gauchiste à la tête d’un parti de gauche, prêt à faire des concessions qui mettront en danger Israël.

Pendant des mois, le site internet de Yesh Atid s’est contenté de défendre le maigre bilan de son leader quand il était ministre des Finances en 2013-2014. Les quelques réformes passées (sur la diminution du temps d’attente pour les actes chirurgicaux ou le contrôle des prix du fromage blanc) pèsent bien peu face à celles présentées comme ayant été « bloquées » par Netanyahou (augmentation du budget de la santé, baisse des loyers).

Mais le 19 septembre dernier, lors d’une conférence à Rishon-Le-Zion, Yaïr Lapid a enfin présenté son programme. Articulé en six points -sécurité, stratégie, diplomatie, lutte contre la corruption, renforcement du droit, promotion de la science et de l’éducation-, le projet centriste se tient à d’agréables généralités. Sans heurter la gauche, il ne diffère pas tant de la droite. C’est notable sur la question palestinienne, où Lapid plaide pour un Etat palestinien démilitarisé avec le maintien des blocs de colonies. « Les Palestiniens doivent savoir que Jérusalem ne sera pas divisée et qu’ils n’auront pas droit au Retour », ajoute-t-il avec un ton que ne renierait pas Netanyahou.

Des faux airs de George Clooney

Sur de nombreux aspects, le fondateur de Yesh Atid ressemble au Premier ministre. A commencer par le charisme télégénique et l’éloquence travaillée par des années de pratique des médias, même si, avec ses faux airs de George Clooney, Yaïr Lapid a en plus pour lui cet indéniable charme qui le place toujours en tête des classements des hommes les plus séduisants d’Israël. Surtout, les deux politiques ont la même ambition décomplexée. Yaïr Lapid ne cache pas sa volonté de devenir le prochain Premier ministre et jure pour se différencier de son adversaire : « Si les gens me choisissent, je ferai juste deux mandats. C’est important pour la crédibilité du leadership, pour l’Etat et pour le système démocratique ». On croirait entendre le Netanyahou de 1996, avant que quatre mandats de Premier ministre ne lui fassent renier toutes ses promesses.

Mais c’est là aussi où Lapid ressemble tant à Netanyahou, dit-on à gauche, dans ses promesses démagogiques qui claquent comme des slogans. C’est « un populiste qui flatte l’opinion », selon l’historien Zeev Sternhell. Il a compris que pour arriver au pouvoir, il fallait être « un magicien avec un écran vide sur lequel quiconque projette ses désirs », analyse l’écrivain Iris Leal dans Haaretz. Pour preuve, au moment où le Meretz était seul à incarner l’opposition dans la crise du shabbat, Lapid se trouvait à Stockholm pour une conférence contre le boycott d’Israël. Là, il a fait huer la ministre suédoise des Affaires étrangères et entonné « Nous aimons Israël » devant une petite troupe survoltée. Du pur Netanyahou.

Yaïr Lapid est « une alternative inepte, mais c’est la seule qui existe », résume le journaliste Raviv Drucker. En attendant les élections prévues en 2019, et si d’autres personnalités ne s’imposent pas d’ici là, la star de la politique pourrait en effet jouer le premier rôle.

 

Frédérique Schillo

Publié dans Regards  du Mardi 4 octobre 2016

http://www.cclj.be/actu/israel/avenir-appartient-il-au-centre 

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