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VU D'ISRAEL

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Histoire et Prospective


Elections en Israël : le triomphe de Benyamin Nétanyahou, l’agitateur-conservateur

Publié par Frédérique Schillo sur 20 Novembre 2015, 13:19pm

Catégories : #Articles

Elections en Israël : le triomphe de Benyamin Nétanyahou, l’agitateur-conservateur

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou pourrait bien avoir fait sien l’aphorisme de l’ancien président du Conseil français Henri Queuille. Car comment expliquer son empressement après sa victoire du 17 mars à revenir sur ses promesses de campagne, par lesquelles il reniait déjà d’anciens engagements ?

Le sujet n’est pourtant pas des moindres : le processus de paix avec les Palestiniens. Aux dernières heures d’une campagne législative médiocre, où les questions sécuritaires ont vainement masqué les préoccupations des électeurs en matière économique et sociale, Nétanyahou, à la peine dans les sondages, a sorti son va-tout. Il a promis qu’en cas de réélection, l’Etat palestinien ne verrait pas le jour. Un désaveu net de son discours prononcé à l’Université Bar-Ilan en 2009, où il avançait la solution de deux Etats pour deux peuples.

Joignant le geste à la parole, il s’est rendu la veille du scrutin dans l’implantation d’Har Homa, dans le sud de Jérusalem-Est. Là, il s’est présenté en garant de l’unité de la Ville face à la gauche et a confirmé pour la première fois les soupçons de la communauté internationale en révélant qu’Har Homa avait vocation à empêcher l’avancée de Bethléem vers Jérusalem dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat.

Le jour même du scrutin, Nétanyahou exhortait par vidéo les électeurs à voter pour contrer les Arabes israéliens qui se ruaient « en masse », selon lui, vers les urnes. Son message alarmiste filmé face à une carte du Moyen-Orient, avec l’Iran en son cœur, restera comme l’image d’une campagne à laquelle il aura accordé peu de temps, mais beaucoup d’énergie. Une sorte de blitzkrieg électoral destiné à choquer les électeurs, à mobiliser la droite et à déstabiliser l’adversaire.

Une tactique gagnante à en croire les premiers résultats sortis des urnes qui donnaient le Likoud au coude à coude avec le centre-gauche mené par Isaac Herzog. Un vrai triomphe quand il apparut le lendemain matin, à la surprise générale, que le parti de Nétanyahou l’avait emporté avec 30 sièges, loin devant celui d’Herzog (24). Il peut s’appuyer sur le parti de son ex-ministre Moshé Kahlon, ceux de l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, des sionistes-religieux de Naftali Bennett et des ultra-orthodoxes pour former son « gouvernement national », résolument à droite.

Faute de bilan, et en l’absence de programme, c’est donc la peur martelée par le Premier ministre sous divers tons qui l’a emporté : peur de l’Iran nucléaire et d’un accord Téhéran-Washington qu’il est venu dénoncer au Congrès en défiant le président Obama, peur de Daesh, du Hamas, des Palestiniens et même des Arabes israéliens décrits comme des ennemis de l’intérieur.

Cette surenchère atteste, sinon de la réalité du danger pesant sur Israël, du moins de la parfaite connaissance qu’a Nétanyahou de la machinerie politique en général, et de ses électeurs en particulier. Elle nous éclaire aussi sur lui. Sur sa détermination à arracher des voix coûte que coûte, quitte à hystériser les débats, raidir la communauté internationale, voire affaiblir la relation avec l’allié américain. « Tout a tourné autour de lui », résume le professeur Itamar Rabinovitch, ancien Ambassadeur d’Israël à Washington. « La première chose qu’Herzog devrait faire après les élections, c’est de lire les Mémoires de Nétanyahou. »

Mais quel Nétanyahou retenir ? Celui de 2009 ou celui de 2015 ? Le Nétanyahou bataillant pour un 4e mandat ou le Nétanyahou Premier ministre qui, aussitôt la victoire en poche, a relativisé chaque mot du candidat Nétanyahou ?

48h après l’élection, Nétanyahou a réaffirmé son engagement en faveur d’un Etat palestinien. « Je n’ai pas changé de politique… Ce qui a changé, c’est la réalité » a-t-il assuré, en allusion à la menace de Daesh dans la région. Trois jours plus tard, il disait regretter ses propos sur le vote arabe. Peu après, Israël annonça l’arrêt de la construction de 1 500 logements à Har Homa et, parallèlement, le lancement de plus de 2 000 logements pour la population arabe à Jérusalem-Est. Le 27 mars enfin, Nétanyahou a débloqué le versement des recettes fiscales aux Palestiniens, une mesure qu’il avait prise suite à la décision de l’Autorité palestinienne d’adhérer à la Cour pénale internationale ce 1er avril. Nous devons « nous montrer responsables et raisonnables », aurait justifié Nétanyahou, sans que l’on sache s’il faisait référence au coup de téléphone des dirigeants américains ou à celui des chefs du Shabak, le renseignement intérieur israélien. Car dans tous les cas, c’est bien la pression américaine et la crainte d’une Intifada en Cisjordanie qui l’ont convaincu de changer de braquet. Jusqu’au prochain revirement ?

Déjà, les Palestiniens accusent Nétanyahou de ne pas être un partenaire fiable. « Nous lui faisons confiance quand il dit que [la solution à deux Etats] n’arrivera pas tant qu’il sera Premier ministre » tranche Obama. Avec une droite radicalisée et l’extrême-droite dans sa coalition, Nétanyahou n’aura d’autre choix, il est vrai, que de se déjuger encore.

Cependant, si l’homme n’est pas tenu par ses propres promesses, il n’est pas non plus un idéologue extrémiste. S’il plaide pour la reconnaissance palestinienne d’Israël « Etat nation du peuple juif », Nétanyahou est aussi celui qui a accepté le protocole d’Hébron et le redéploiement israélien. S’il défie le Hamas et le Hezbollah, il est celui qui a su arrêter la guerre à Gaza et qui n’a pas commencé celle du Liban, même après que deux soldats de Tsahal ont trouvé la mort en janvier.

Nétanyahou l’agitateur, l’animal politique qui sait si bien électriser les foules, est avant tout un conservateur, un partisan du statu quo soucieux de « gérer le conflit » avec les Palestiniens.

Quand chaque jour qui passe fait s’éloigner un peu plus la paix, c’est des Etats-Unis et d’Europe, avec notamment un projet de résolution française à l’ONU à laquelle Washington pourrait ne pas opposer de veto, que les vrais changements pourront surgir des élections israéliennes pensées par Nétanyahou comme le moyen ultime de tout bouleverser pour ne surtout rien changer.

Dr Frédérique Schillo

Historienne, spécialiste d’Israël et des Relations internationales, elle est l’auteur de La Politique française à l’égard d’Israël et co-auteur de La Guerre du Kippour n’aura pas lieu (André Versaille Editeur, 2012 et 2013).

Le triomphe de Benyamin Nétanyahou, l'agitateur-conservateur : Article publié dans 54 Etats, mai 2015.

http://issuu.com/priscillawolmer/docs/pdf__issuu/1

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